Comédie ou drame ? La question est laissée sans réponse par le maître du théâtre Henrik Ibsen lui-même, qui ne lui donne aucune étiquette précise. Achevée en 1881, « Un ennemi du peuple » est en revanche une critique cuisante des sociétés où règne la soif du capitalisme.
Reprise par le metteur en scène allemand Thomas Ostermeier lors du prochain festival d’Avignon, l’œuvre demeure tout aussi ambiguë de nos jours. L’histoire d’un certain docteur Stockman, devenu l’ennemi du peuple en voulant faire émerger la vérité et la justice, traite ainsi de la question de la démocratie, notamment lorsqu’un individu s’oppose à la majorité et aux élites. Dans cette optique, Ostermeier pose la question de savoir ce qu’est vraiment une démocratie, et scrute ses bas-fonds et ses coins obscurs, pour faire surgir des profondeurs des vérités qui peuvent sûrement déplaire, voire même effrayer. La pièce d’Ibsen résiste ainsi au temps, notre société actuelle et nos systèmes en vigueur suscitant de ce point de vue les mêmes interrogations et les mêmes inquiétudes. En outre, la pièce place au cœur de sa réflexion la solitude qui découle nécessairement d’une pensée autre, à rebours des idées reçues. Entre idéalisme, et détresse individuelle, cette solitude serait-elle inexorablement le sceau de la vérité ?
Ibsen écrit Un ennemi du peuple dans le sillage de sa pièce Les Revenants, qui avait suscité la polémique en Scandinavie car elle traitait des sujets tabous de l’inceste et de l’euthanasie. Farouchement opposé à la morale qui règne alors en Norvège, Ibsen écrit ses pièces en exil, à l’étranger. Cette distanciation lui permet ainsi de porter des critiques d’une justesse implacable sur la société norvégienne en portant le fer sur des sujets plus qu’épineux. Ceci n’empêchera pas cependant le franc succès cette fois-ci d’Un ennemi du peuple lors de sa création en 1883 à Christiania, l’actuelle Oslo.
Distribution
mise en scène Thomas Ostermeier
adaptation Florian Borchmeyer
scénographie Jan Pappelbaum
costumes Nina Wetzel
musique Malte Beckenbach
dramaturgie Florian Borchmeyer
lumière Erich Schneider
avec Thomas Bading, Christoph Gawenda, Moritz Gottwald, Ingo Hülsmann, Eva Meckbach, David Ruland, Stefan Stern
Spectacle en allemand surtitré en français
Dates : 18 au 20 juillet et du 22 au 25 juillet.
Horaires : à partir de 22 h. (Durée estimée : 2h)
à l'Opéra Théâtre place de l'Horloge à Avignon
Tarifs : de 36 à 14 €
http://www.festival-avignon.com/