Le théâtre de Jon Fosse efface la limite entre ce qui est mort et ce qui est vivant. La présence des morts côtoie celle des vivants, les premiers s’exprimant comme le font les seconds, écrit Vincent Rafis. Il souhaite nous montrer comment Fosse rend cette trace intelligible au public : « Les morts sont ramenés au présent du réel par le souvenir des vivants, les présences et les voix de ceux qui ne sont plus là se faisant alors voir et entendre parmi ceux qui sont là. »
La présence des morts dans le théâtre de Fosse, qui a priori est inacceptable, échappe à un questionnement posé à la frontière distinguant ce que « croire » et « ne pas croire » signifient, explique Vincent Rafis. Evitant d’inscrire son étude dans un registre à la ratio occidentale, en employant des termes comme « surnaturel », « irrationel » ou « paranormal », il choisit de marcher main dans la main avec l’auteur en faisant sienne la foi qui est celle de Fosse. Cette perspective invite à interroger note propre système de croyances, écrit-il. Vincent Rafis propose d’étudier les pièces de Fosse en tant que témoin de leur époque en appliquant une analyse qui a recours aux études culturelles et aux « performance studies ».
En tant que metteur en scène, acteur et dramaturge, Vincent Rafis a pris part à une quinzaine de créations théâtrales en France et en Europe. Il est artiste associé au Centre Dramatique National d'Orléans-Loiret-Centre (direction Arthur Nauzyciel) et collaborateur artistique de la Compagnie Montalvo-Hervieu au Centre Chorégraphique National de Créteil et du Val-de-Marne, puis au Théâtre National de Chaillot. Allocataire de recherche au Research Institute for History and Culture (OGC) et à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), il enseigne les études théâtrales. Il écrit également pour le cinéma, et a collaboré à diverses revues (Etudes théâtrales, Mouvement…).
Mémoire et voix des morts dans le théâtre de Jon Fosse de Vincent Rafis
Les presses du réel - 23 euros